Télévision mobile personnelle : l'écueil des opérateurs

Initialement programmé pour 2007, le lancement télévision mobile personnelle en France prend encore du retard. Le gouvernement tablait sur un accord fin avril, puis mi-mai entre les acteurs concernés. Celui-ci se heurte au refus des opérateurs de téléphonie mobile.



Un dossier enlisé

Télévision mobile personnelle : l'écueil des opérateurs
Lors d'une réunion mardi dernier au Secrétariat d'Etat à l'économie numérique, Orange et SFR ont indiqué qu'ils refusaient de financer la construction d'un réseau de diffusion à la norme DVB-H, alors qu'ils ne sont pas propriétaires des fréquences. Bouygues Télécom avait également annoncé son refus début mai.

Une mission visant à trouver un accord sur le modèle économique de la télévision mobile personnelle (TMP) avait été confiée par le gouvernement au producteur Cyril Viguier. En effet, alors que 16 chaînes ont été sélectionnées en 2008 par le Conseil supérieur de l'audiovisuel et l'Etat pour constituer un premier bouquet de TMP, les discussions entre acteurs n'ont pas pu encore aboutir, notamment sur le modèle économique de ce service innovant .

Le budget estimé pour le projet est de 150 millions d'euros sur 6 ans. Un budget que les éditeurs des 13 chaînes retenues il y a un an par le CSA (Canal Plus, Direct 8, EuropaCorp, Eurosport, i-Télé, M6, NRJ 12, NT1, Orange Sports TV, TF1, Virgin 17 et W9) verraient bien pris en charge à 87 % par les opérateurs. Eux, investissant pour leur part dans les contenus. Une vision à laquelle les opérateurs - y compris Orange - opposent une fin de non recevoir provoquant ainsi l'enlisement du dossier.

Où se trouve la source de revenus ?

Si les positions des différents acteurs sont si fortement arcboutés, c'est sans doute parce-qu'on ne sit pas encore exactement quelles seront les sources de revenus de la télévision mobile personnelle. En Corée et au Japon, où la télévision mobile personnelle connaît un vrai succès, ce marché n'est toujours pas stabilisé et est encore en quête de rentabilité.

Orange, dont une des chaînes a été retenue par le CSA, estime que la publicité ne suffira pas à financer la TMP et qu'il faudra envisager la cohabitation entre chaînes gratuites et payantes, à l'instar de ce qui se passe sur la TNT.

Une télévision numérique 2.0

De plus, pour Catherine Ledrogo, responsable de la TV mobile chez Orange, "la TV mobile, c'est bien plus que de la TV sur mobile: c'est de la TV live, de la TV à la demande, des programmes spécifiques conçus pour le mobile, et des contenus auto-produits par les abonnés avec la caméra de leur téléphone portable".

Ce dernier point est ce qui fait que Jean-Louis Missika, sociologue des médias et vice-président du conseil d'administration de Free, est quand à lui persuadé que les revenus de la TMP ne viendront pas du tout de là où l'on pourrait les attendre. "Ce sera comme pour les SMS, les opérateurs misaient sur les SMS d'information, et finalement ce sont les messages de communication interpersonnelle qui ont dominé le marché". Il estime donc que "pour la TMP, l'essentiel du chiffre d'affaires sera généré, non pas par des oeuvres audiovisuelles produites pour le mobile, mais plus probablement par des contenus auto-produits, que des individus enverront à d'autres individus de leur entourage et de leur famille". Une TV mobile 2.0 ?

Si sa vision est juste, cela ne manquera pas d'ouvrir de nouvelles perspectives pour le marketing viral, qu'il convient déjà d'imaginer

Concurrence avec la 3G ?

Télévision mobile personnelle : l'écueil des opérateurs
Finalement, ce qui explique peut-être le peu d'empressement des opérateurs mobile, c'est la concurrence de ce nouveau service avec leurs offres 3G/3G+ pour laquelle ils ont du débourser de lourds investissements en licence et en équipements. La télévision sur mobile 3G était jusqu'à présent proposée la plupart du temps à des prix exorbitants (0,5 € /minute), jusqu'à l'apparition de forfaits illimités. Le prix et la qualité très moyenne des images n'ont d'ailleurs pas séduit les consommateurs.

Cela reviendrait alors à cantonner la 3G/3G+ au transferts de données et à l'internet mobile, pour lequel les consommateurs sont partants, à condition de se voir proposer des forfaits raisonnables.

Il n'est donc pas si sûr que les opérateurs aient très envie que la télévision mobile personnelle voit le jour.

Lundi 18 Mai 2009
Frédéric Chevalier
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